Face à l’urgence climatique et à la réduction nécessaire des intrants chimiques, la France a lancé en mars 2024, dans le cadre de France 2030, le Grand Défi « Biocontrôle et Biostimulation pour l’Agroécologie ». Ce programme ambitieux, doté de 60 millions d’euros, vise à accélérer l’innovation et le déploiement de solutions alternatives pour la protection et la fertilisation des cultures.

Piloté par l’Association Biocontrôle & Biostimulation pour l’Agroécologie, le Grand Défi fédère plus de 130 acteurs de l’amont à l’aval des filières agricoles, dans l’objectif de transformer les pratiques agricoles en favorisant des solutions durables, économiquement viables et respectueuses de l’environnement.
Pourquoi un « Grand Défi » ?

France 2030 finance des Grands Défis pour répondre aux enjeux majeurs de notre époque : transition écologique, souveraineté industrielle, compétitivité technologique et qualité de vie. L’objectif est de transformer durablement les secteurs clés (énergie, mobilité, santé, agroalimentaire, numérique, espace) en misant sur l’innovation de rupture et en soutenant des projets qui n’ont pas d’impact négatif sur l’environnement.
Produire en garantissant la souveraineté alimentaire, tout en réduisant l’usage des produits phytosanitaires conventionnels, est un véritable défi. Les biosolutions – biocontrôle et biostimulants – sont des leviers clés pour :
- Protéger les cultures contre les bioagresseurs,
- Stimuler la résilience des plantes face aux stress biotiques et abiotiques,
- Réduire l’empreinte environnementale des systèmes agricoles.
Mais leur adoption à grande échelle nécessite des connaissances scientifiques et techniques solides, des itinéraires techniques pertinents, une réglementation adaptée et une coordination forte entre acteurs publics et privés, de l’amont à l’aval de la production agricole. Le Grand Défi France 2030, « Biocontrôle et Biostimulation pour l’Agroécologie » a donc été financé et fédère plus de 130 acteurs : instituts de recherche académique et appliquée, entreprises, pôles de compétitivité, acteurs des filières agricoles, distributeurs et société civile.
Une structuration en trois axes complémentaires
Le Grand Défi, doté de 60 M€ sur 6 ans (42 M€ publics via l’ANR et 18 M€ privés), s’articule autour de trois axes stratégiques qui se renforcent mutuellement pour accélérer l’innovation et le déploiement des biosolutions :
Axe 1 – Animation scientifique, technique et réglementaire

Cet axe est le socle organisationnel du Grand Défi. Il vise à fédérer et animer la communauté des acteurs (chercheurs, entreprises, filières, distributeurs, société civile) autour d’une gouvernance partagée.
Ses missions incluent :
- La coordination des initiatives publiques et privées,
- La définition des feuilles de route pour les axes 2 et 3,
- L’organisation d’événements et la diffusion des connaissances.
- L’animation de groupes de travail thématiques, et notamment :
- Réglementation et homologation
- Clarifier et échanger sur les procédures d’autorisation des produits de biocontrôle et de biostimulation.
- Anticiper les évolutions réglementaires européennes et nationales.
- Formation et compétences
- Développer des modules pour les conseillers agricoles et techniciens.
- Créer des parcours de formation pour les agriculteurs et les acteurs de la filière.
- Numérique et données
- Structurer la collecte et l’analyse des données issues des expérimentations.
- Développer des outils numériques pour le suivi et la traçabilité des biosolutions.
- Économie et modèles d’affaires
- Évaluer la rentabilité des biosolutions pour les exploitations.
- Identifier les leviers financiers pour accélérer l’adoption.
Axe 2 – Infrastructures distribuées

Ce deuxième axe met en place une infrastructure nationale mutualisée, composée de :
- Laboratoires, stations expérimentales, fermes pilotes,
- Territoires de co-innovation et pôles d’innovation,
- Outils et services pour tester les biosolutions en conditions réelles.
L’objectif est de lever les verrous techniques et organisationnels en offrant aux acteurs un accès à des moyens expérimentaux et à des données fiables.
Les 4 infrastructures distribuées financées en 2025

En septembre 2025, l’État et l’Association Biocontrôle & Biostimulation pour l’Agroécologie ont validé 4 projets phares qui constituent la colonne vertébrale de l’infrastructure nationale distribuée. Ces projets visent à mutualiser les moyens expérimentaux, les données et les compétences pour accélérer la mise sur le marché des biosolutions.
Ces infrastructures permettront de lever les verrous techniques, organisationnels et économiques qui freinent l’adoption des biosolutions, en offrant aux acteurs un accès à des outils, services et données mutualisés.

MAMBO
- Modélisation Moléculaire pour Optimiser et Développer des Outils d’Évaluation des Bio-solutions
Objectif : Développer des modèles prédictifs pour comprendre les mécanismes d’action des biostimulants et biocontrôles, afin d’optimiser leur efficacité.
Porteurs : INRAE, Institut Jean-Pierre Bourgin.
DURABICS
- Réseau d’infrastructures pour l’essor des stratégies les plus durables de biocontrôle & biostimulation
Objectif : Créer un maillage national de structures pour le développement des approches de biocontrôle par conservation ou acclimatation, en abordant notamment le développement de modèles économiques innovants.
Porteur : INRAE – Institut Sophia Agrobiotech.
SUPRASEED
- Réseau d’Évaluation des Approches de Biostimulation et Biocontrôle pour les Semences et Plants
Objectif : Tester et valider des solutions innovantes pour la protection et la stimulation des semences et jeunes plants.
Porteur : AgroParisTech.
REMED
- Réseau d’Expérimentation de biosolutions basé sur des Méthodes innovantes et la valorisation des Données
Objectif : Centraliser et exploiter les données issues des essais pour accélérer la validation réglementaire et la diffusion des biosolutions.
Porteur : ACTA – Les Instituts Techniques Agricoles.
Vegenov interviendra dans les projets Supraseed et Durabics.
Axe 3 – Projets de recherche

Cet axe finance des projets collaboratifs portés par des acteurs privés, allant de la preuve de concept à la maturation technologique. Ces projets doivent notamment être centrés autour du :
- Développement de nouveaux modèles d’affaire, avec notamment des projets de création d’entités et d’activités mobilisant des modèles d’affaires disruptifs.
- Déploiement et démultiplication des solutions et méthodes à fort potentiel de durabilité économique, environnementale et sociale.
Conclusions et perspectives
Le Grand Défi ne se limite pas à la recherche : il s’appuie sur des territoires de co-innovation, des fermes pilotes, des réseaux d’expérimentation et des pôles d’innovation pour tester les solutions en conditions réelles et former les conseillers agricoles.
Avec ces infrastructures, la France se donne les moyens de changer d’échelle et de faire du biocontrôle et de la biostimulation des piliers de la transition agroécologique en :
- Changeant d’échelle dans l’adoption des biosolutions,
- Renforçant la compétitivité des filières,
- Répondant aux enjeux environnementaux et sociétaux.
Les prochaines étapes incluent :
- La publication de l’appel à projets de l’axe 3,
- Le lancement d’une étude prospective européenne,
- La poursuite de la construction de l’infrastructure distribuée (sur le volet réglementaire notamment).
En savoir plus :
- Site officiel de l’Association Biocontrôle & Biostimulation pour l’Agroécologie
- Communiqué sur les 4 projets financés
Auteur :
Marie Turner, Qualité et Santé des Plantes
Crédits photos :
Photo à la une : montage Canva
Schémas : Association Biocontrôle et Biostimulation pour l'Agroécologie


