Mesurer la qualité des fruits : entre méthode sensorielle et instrumentale

L’aspect et la couleur des fruits comptent pour les consommateurs, mais ils attendent bien plus : des fruits savoureux et d’une texture à point. Pour la filière, l’enjeu est de traduire ces attentes en données mesurables. Quels sont les outils pour prendre en compte la qualité sensorielle des fruits ?

Les 3 piliers de la qualité sensorielle des fruits

L’aspect visuel est le premier déclencheur d’achat et de consommation, mais c’est la satisfaction à la dégustation qui conditionne le réachat et la reconsommation. Trois critères sensoriels majeurs déterminent cette expérience : la texture, le goût (perçu par la langue) et l’arôme (perçu par l’organe olfactif). Ce qu’on appelle communément le gout d’un fruit est l’association du goût et des arômes en réalité.

La texture est un indicateur clé de maturité et de fraîcheur, avec des attentes variables selon les fruits et les consommateurs. Pour une pomme comme la Granny Smith, le croquant et la fermeté sont recherchés. Un manque de fermeté est associé à un fruit trop mûr ou mal conservé. À l’inverse, pour les poires, les pêches ou les nectarines, la préférence va vers une texture fondante et juteuse. Une texture trop croquante peut signaler un manque de maturité, et une texture farineuse (notamment sur la poire) est souvent rejetée.

Le goût permet de détecter les 5 saveurs fondamentales : sucré, salé, acide, amer et umami. Pour les fruits, il repose sur un équilibre subtil entre sucré et acide, déterminant pour l’appréciation globale sur la plupart des fruits comme la tomate. Les autres composantes du goût comme les goûts umami, salé et amer peuvent également intervenir. Une légère amertume peut être recherchée dans le pomelo, elle est au contraire rejetée lorsqu’elle est trop forte. Il est possible de le masquer en ajoutant du sucre, on atténue ainsi l’intensité du goût amer perçue : c’est le phénomène de masquage.

Arôme picto

Les consommateurs recherchent aussi une typicité aromatique, qui joue un rôle décisif dans la satisfaction. Ce sont les composés organiques volatils (COV) qui sont responsables de ces arômes en stimulant l’organe olfactif. Ils sont libérés dans la bouche au cours de la mastication lorsque le produit est déstructuré, c’est l’arôme (ce qu’on ne sent plus lorsqu’on est enrhumé). Ils peuvent également contribuer à l’odeur lorsqu’on sent le produit avant de le mettre en bouche. Une étude publiée en 2025 sur le citron frais révèle que le citral (un composé volatil) peut masquer une légère amertume (due aux flavonoïdes), laissant place à une sensation de peps acide très appréciée.

Les mesures instrumentales 

Texture picto

La mesure de la texture repose sur la rhéologie (étude de la manière dont un matériau se déforme ou s’écoule), principalement via la pénétrométrie ou l’analyse de profil de texture (TPA). Un texturomètre exerce une force de compression sur la chair pour quantifier la dureté (fermeté des parois cellulaires), l’élasticité et la jutosité. Néanmoins, si ces données sont de bons indicateurs, elles ne reproduisent pas tout ce qui se passe lors de la dégustation, comme par exemple la granulosité ou la turgescence. 

Goût Picto

Pour le goût, on peut doser individuellement les composés (sucres ou acides) qui interviennent dans sa perception. On peut également utiliser des indicateurs plus faciles à mettre en œuvre. Pour le goût sucré, la réfractométrie, qui mesure l’indice de solides solubles (degré Brix) permet d’estimer les taux de sucres dans les fruits (qui sont les solides solubles majoritaires) plutôt que de quantifier individuellement glucose, le fructose et le saccharose. Pour le goût acide, le titrage pH-métrique permet d’évaluer l’acidité titrable plus facilement et rapidement que de quantifier les teneurs en acides organiques individuels comme l’acide citrique et l’acide malique.

Le ratio Brix/acidité est un bon indicateur pour définir l’équilibre gustatif des fruits. S’il reste simple et efficace, il ne peut toutefois résumer à lui seul la complexité et l’interaction des différentes goûts. Le pouvoir sucrant du glucose n’est pas le même que celui du fructose et du saccharose sans compter que d’autres composés peuvent masquer ou renforcer l’intensité perçue du goût. L’acide glutamique par exemple présent dans la tomate participe au goût umami, mais il est également connu pour être un exhausteur de goût.

Arôme picto

Enfin, l’arôme est l’élément le plus complexe à isoler ; il nécessite une chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse (GC-MS). Cette technique permet d’identifier et de quantifier les COV (esters, aldéhydes, terpènes) présents à des doses infinitésimales, mais dont la combinaison définit la signature olfactive unique du fruit frais.

GC (Chromatographie en phase gazeuse) au laoratoire de biochimie de Vegenov, centre de recherche appliquée spécialiste du végétal
Chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse (GC-MS)

Combiner l’approche instrumentale et sensorielle

Tandis que les instruments quantifient avec précision les paramètres de structure, de goût et d’arôme, l’analyse sensorielle demeure indispensable pour interpréter leurs différentes interactions, comme la capacité de certains composés volatils à amplifier la perception du sucre. La mesure instrumentale donne des mesures objectives (quantité de sucre, force de pression…), alors que l’analyse sensorielle indique comment ces paramètres sont perçus et appréciés. Ces approches sont donc complémentaires et n’apportent pas les mêmes informations. En effet, un produit plus riche en sucre qu’un autre peut être perçu comme étant moins sucré s’il contient des composés amers. Par ailleurs, les consommateurs peuvent avoir des attentes et des sensibilités différentes en fonction de leurs caractéristiques génétiques (présence, et quantité des récepteurs), leurs habitudes alimentaires (familiales, culturelles…), ou autres.

En conclusion, les mesures instrumentales permettent une objectivation des données de composition, tandis que l’analyse sensorielle permet de prendre en compte la complexité des perceptions et de comprendre ce qui fait qu’un fruit est apprécié ou non par le consommateur. Le recoupement des données instrumentales et sensorielles est indispensable pour comprendre les consommateurs et les actes de (re)consommation.

En savoir plus :

  • Citrus Flavor Stability and Volatile Organic Compounds in Fresh Fruits. (Mise à jour 2025). Food Chemistry Journal

Auteur :

Céline Baty, Qualité Sensorielle et Nutritionnelle

Crédits photos : 
Photo à la une générée par Gemini
Pictogrammes générés par ChatGPT
Photo chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse (GC-MS) – Vegenov & Monsieur Media
Photo Analyse Sensorielle : Vegenov